• L'automne est arrivé

    秋来ぬと

    目にはさやかに

    見えねども

    風の音にぞ

    おどろかれぬる             (藤原敏行、『古今集』、905年)

     

    Bien que l'on ne voit

    Pas clairement que

    L'automne est arrivé,

    On s'en aperçoit

    Au bruit du vent                                                                 (Fujiwara no Toshiyuki, dans le "Kokinshû", 905)

     

    "aki konu to / me ni ha sayaka ni / miene-domo / kaze no oto ni zo / odorokarenuru"

     

    Note : J'ai traduit le verbe de la principale à la 3e personne, mais rien n'empêche de le comprendre à la 1ère personne : "je m'en aperçois".

     

    A propos du poème :

    J'ai choisi ce poème car il me fait un peu penser à la situation que je vis, ici, mi-septembre 2013, au Mont-Saint-Michel. Théoriquement, c'est encore l'été, puisqu'on est en septembre, et pourtant, c'est déjà complètement l'automne, et ce, sans transition, du jour au lendemain. Pourquoi? Parce qu'il fait gris, froid, qu'il pleut et qu'il vente ! (sauf aujourd'hui où il a fait grand soleil et très chaud alors qu'il devait faire froid et pleuvoir...)

    Le poème décrit une transition beaucoup plus douce et subtile, tellement enviable ! (même si je n'envie pas les étés "tropicaux" du Japon...) ... et tellement plus propice à la composition d'un waka comme je les aime.

    En effet, la thématique et l'ambiance de ce poème sont tout à fait représentatifs des wakas anciens que j'aime lire : une ambiance sereine, dans un cadre de nature, pas vraiment d'action, mais plutôt un tableau visuel et sonore (souvent, un oiseau chante, un ruisseau coule, le vent souffle, les vagues roulent...), et c'est cet élément souvent sonore qui fait naître un sentiment ou une sensation chez le poète, notamment à travers les verbes 驚く "odoroku" et 驚かす "odorokasu", qui ont un sens très vaste allant de "s'apercevoir", "suprendre", "étonner" à "émerveiller" ("odorokasu" ayant pour nuance supplémentaire de "faire s'étonner" le locuteur qui est son COD, alors qu'il est sujet de "odoroku"). Par exemple, j'ai repris ce thème dans ce haiku.

    A part les notes grammaticales, je n'ai pas beaucoup de commentaires à faire. Bien qu'il date du Xe siècle, il se lit très facilement, moyennant quelques connaissances basiques en langue ancienne.

    Notons que ce poème est tiré du 『古今集』 "Kokinshû" ou 『古今和歌集』 "Kokin wakashû" en version complète, qui est un recueil de poème japonais compilé en 905 à la demande de l'empereur Daigo. Son titre signifie littéralement "recueil de poèmes japonais d'hier et d'aujourd'hui" (古 = ancien, 今 = maintenant, 和歌 = poème japonais, 集 = recueil).

     

    Notes grammaticales : 

    - Le verbe 来ぬ "konu" est la forme passée du verbe ancien 来 "ku". Et attention !!! Malgré ce que les films et mangas de samurai ou de yakuza peuvent nous laisser penser, dans la langue (très) ancienne, l'auxiliaire de la négation n'est pas ぬ "nu" mais ず "zu", qui devient en effet ぬ "nu" en forme Rentai (RTK ou forme déterminante), or, c'est des formes RTK et non des formes finales des anciens auxiliaires que sont nés les nouveaux auxiliaires. Ici, l'auxiliaire est donc l'auxiliaire ぬ "nu" qui est un auxiliaire du passé (c'est le た "ta" du japonais moderne). 来ぬ "konu" ne signifie donc pas "ne vient pas" mais "est arrivé".

    - と "to" de citation : "on ne voit pas [ce qui vient avant "to"]".

    - 見えねども : c'est le verbe ancien 見ゆ "miyu" = voir (見る "miru" en langue moderne). Il est à la forme Izen (IZK) 見え "mie", à laquelle s'accroche l'auxiliaire de la négation ず "zu", lui aussi en IZK (ce qui donne ね "ne"), pour lui accrocher ども "domo" = bien que. En fait, c'est assez difficile de décrire un verbe ancien dans l'ordre de lecture car la logique de cette langue remonte de la fin vers le radical : "domo" s'accroche à une IZK, donc "ne" est une IZK, celle de "zu" = négation, qui s'accroche aussi à une IZK, "mie", IZK de "miyu".

    - ぞ "zo" est un procédé de renforcement, qui entraine une règle de 係り結び "kakari-musubi", à savoir qu'il modifie la forme du prochain verbe, qui sera en forme Rentai (RTK) au lieu de forme finale Shûshi (SSK).

    - おどろかれぬる "odorokarenuru" : ぬる "nuru" est une RTK (et non une forme finale SSK) car il y a un musubi avec le "zo" précédent, il s'agit de la RTK de ぬ "nu" = passé. ぬ "nu" s'accroche à une forme Ren.yô (RYK), donc れ "re" est la RYK de l'auxiliaire る "ru" = passif (ou apparition d'un sentiment spontané), qui s'accroche à la forme Mizen (MZK) おどろか "odoroka" du verbe おどろく "odoroku".

    On peut donc traduire ce poème en japonais moderne de la manière suivante : (traduction empruntée à ce site)

    秋が来たと目にははっきりと見えないけれど、吹く風の音で、もう秋なのだと、はっと気づかされる。

     

    PS : une autre traduction trouvée pour "odorokarenuru" est : "le bruit du vent m'a fait sursauter".

     

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